Sur une facture de portage, le montant payé par le client n’arrive jamais en entier sur le compte du salarié.
Avant de signer, il faut savoir si ce net, les mois sans mission et la recherche de clients conviennent à sa situation. Cet article détaille les points faibles du portage, pour les peser face à ses avantages.
Un net bien inférieur au chiffre d’affaires facturé
Le client paie une somme globale. Elle se répartit entre plusieurs postes : cotisations sociales, frais de gestion de la société, puis le salaire du porté, seul montant qui arrive sur son compte.
Lors d’une passation, un salarié porté a comparé sa première facture avec son virement, et l’écart l’a surpris. Il avait aussi avancé des frais de déplacement pour la mission.
Ces frais ne reviennent que s’ils sont justifiés par des reçus, selon les règles de la société. Sans reçu, la dépense reste à sa charge : il faut garder chaque ticket.
Le taux des frais de gestion change d’une société à l’autre. Il tourne en général autour de 5 à 10 % du chiffre d’affaires hors taxes, et certaines offres montent jusqu’à 15 %. Sur 1 000 euros facturés, 15 % retirent 150 euros.
Le contrat doit préciser comment se calcule chaque poste, de la rémunération aux frais professionnels. Avant de signer, il faut refaire ce calcul sur un montant concret.
Ensuite, le compte d’activité de chaque mois donne le net à comparer avec la facture.
Les mois sans mission, payés par personne
Le salaire du porté dépend d’une mission. L’entreprise de portage n’a pas à lui en fournir, et les périodes sans prestation ne sont pas payées. Un mois sans client, c’est un mois sans salaire.
En CDI, une réserve de 10 % du salaire de base de la dernière mission est versée sur un compte d’activité. En CDD, l’indemnité de fin de contrat joue ce rôle. Elle ne couvre qu’une partie de ces creux.
Dans une équipe où un porté venait de finir sa mission sans en trouver une autre, la réserve a fondu vite.
L’assurance chômage protège le salarié porté, et il peut cumuler l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) avec les revenus de ses missions. Ce cumul aide à tenir entre deux prestations, mais il ne garantit pas un revenu.
Avant de compter dessus, il faut vérifier sa situation auprès de France Travail, car la durée et le montant de l’allocation dépendent du parcours de chacun.
Pour le détail du portage, le plus simple est de consulter un guide sur le portage salarial pour les freelances avant de faire ses calculs.
Trouver ses clients et négocier son prix
Dans le portage, le salarié porté doit trouver lui-même ses clients. Personne ne prospecte à sa place : il négocie seul les conditions de sa prestation et son prix.
Lors d’un accompagnement, un porté passait ses premières semaines au téléphone, sans collègue commercial pour ouvrir une porte. Avant d’accepter une offre, mieux vaut savoir le tarif en dessous duquel on ne travaille pas.
Côté suivi, le porté doit respecter trois obligations :
- Il rend compte de son activité à la société de portage au moins une fois par mois.
- Le contrat doit indiquer la fréquence de ces comptes rendus, pour que chacun sache à quel rythme il faut les faire.
- La prime d’apport d’affaires, de 5 %, qui rémunère le client trouvé par le porté lui-même, entre dans le minimum de rémunération brute totale.
Pouvoir choisir ses missions se paie en temps de recherche. L’entreprise de portage n’a pas à fournir de mission : c’est au porté de prévoir lui-même sa recherche.
Un jour, en fin de mission, on a vu un porté commencer à chercher la semaine même où son contrat s’arrêtait. Il n’avait plus rien en vue.
Des missions encadrées de près
Une entreprise ne peut faire appel au portage que pour une prestation ponctuelle. Cette prestation peut concerner des domaines variés et ne se limite pas à des tâches étrangères à son activité habituelle ou à des compétences absentes de son équipe.
Une mission qui répond à un besoin permanent du client ne passe pas ce filtre, même si elle est utile. Avant de dire oui, il faut vérifier que la demande correspond bien à un besoin ponctuel.
Trois cas sont exclus, quelle que soit la demande du client : remplacer un salarié dont le contrat est suspendu à cause d’un conflit collectif, faire certains travaux particulièrement dangereux sauf dérogation prévue par la loi, assurer des services à la personne (garde d’enfants, ménage, soutien scolaire, jardinage chez un particulier). Par ailleurs, la durée de prestation chez un même client est plafonnée à 36 mois ; dépasser cette limite expose notamment à un risque de requalification.
Avant de s’engager, il faut vérifier chaque demande du client. Une tâche permanente ou une activité interdite ne passe pas par le portage, même si le client insiste.
Ces limites protègent le cadre, mais elles réduisent le nombre de missions possibles, donc il faut le savoir avant de compter sur un contrat.
Des conditions d’accès et un contrat à lire de près
Pour entrer en portage salarial, il faut un niveau 5, c’est-à-dire un bac +2, ou au moins trois ans d’expérience significative dans le même secteur. Le salarié porté doit aussi savoir trouver ses clients et négocier seul sa prestation.
Lors d’un entretien d’admission, un candidat très compétent est arrivé sans aucun contact. Il pensait que la société lui trouverait une mission. Or c’est à lui de démarcher, et sans réseau, on attend longtemps la première prestation.
Le contrat de portage est un CDD, un contrat à durée déterminée : le Code du travail règle l’essai, les congés et la rupture anticipée.
Il doit préciser la durée de l’essai et comment les congés s’acquièrent, se prennent et se paient.
Le renouvellement demande le plus d’attention. Un CDD de portage peut être renouvelé deux fois, seulement si les conditions figurent dans le contrat ou dans un avenant remis avant la fin prévue.
Et la durée totale ne peut pas dépasser 18 mois, renouvellements compris. Il faut donc compter ces renouvellements dès la signature.
Pour qui le portage tient, et pour qui il ne tient pas
Le portage salarial relie un contrat de travail à une prestation chez un client. La société de portage est l’employeur : elle fait les formalités, la paie et les cotisations.
Chez le client, on voit le porté ne faire que sa prestation. Une assurance de responsabilité civile, qui couvre les dégâts causés pendant la mission, est souscrite par la société.
Le portage ne convient pas à tout le monde.
| Critère | Profil qui en tire profit | Profil fragilisé |
|---|---|---|
| Clients | Un expert qui trouve seul ses missions | Qui attend que le travail arrive |
| Expérience | Un professionnel reconnu dans son métier | Un débutant sans réseau |
| Mois creux | Une personne qui peut tenir sans paie | Qui compte sur chaque paie pour vivre |
| Frais | Qui accepte que les frais réduisent le net | Qui vise un net fixe chaque mois |
Pour un débutant, le portage n’est pas un raccourci vers l’indépendance. Il faut d’abord avoir fait ses preuves dans son métier.
Lors d’une passation, un porté attendait ses missions chez lui. Elles ne venaient pas, et son mois se vidait.
Le portage laisse moins d’argent que la facture, et il ne paie que les missions faites. Il convient surtout à un professionnel confirmé, qui trouve seul ses clients et tient les mois creux.
Le prochain pas consiste à refaire le calcul sur une facture concrète. Si le net et les mois sans mission restent vivables, le statut peut convenir.